Autopsie d’une parole de menace : dérive tribale et confusion des rites dans le débat public gabonais
Le débat public au Gabon ne peut se réduire à des menaces de mort, à des stigmatisations ethniques ou à des falsifications de nos traditions. Or, les propos récemment tenus par Monsieur Junior Xavier NDONG NDONG franchissent cette ligne rouge. Ils ne relèvent plus de la liberté d’expression, mais d’une dérive pénale et culturelle qui met en danger la cohésion nationale.
Déclarer que toute critique appellerait la mort n’est pas une opinion, c’est une infraction. Le Code pénal gabonais est clair : les menaces de mort (articles 240 à 243) et l’incitation à troubler l’ordre public (article 222) sont punissables. La parole publique engage, elle n’est pas un simple bruit. Elle devient acte juridique et social. Nul ne peut s’exonérer de la loi au motif d’une proximité réelle ou supposée avec le Chef de l’État.
Se proclamer « protecteur de la vie » tout en annonçant la mort est une contradiction flagrante. Dans nos cultures, la vie est sacrée, ancestrale et collective. Les ngangas et les médiateurs traditionnels ne menacent pas le vivant : ils protègent, réparent et régulent. Nos rites sont semences de vie, jamais d’ombre. Les instrumentaliser pour intimider revient à trahir leur essence et à falsifier notre mémoire culturelle.
Accuser des ethnies précises – Téké, Myènè – d’être responsables de la crise économique est une dérive grave. La Constitution gabonaise (article 1er) prohibe toute discrimination fondée sur l’ethnie. La pauvreté n’a pas de tribu, la souffrance n’a pas de langue maternelle. Le tribalisme est une arme politique de diversion : il détourne l’attention des vrais problèmes – dette publique, chômage des jeunes, infrastructures défaillantes – pour désigner des boucs émissaires.
Informer sur les crimes rituels n’est pas menacer. Nommer les faits n’est pas appeler à la mort. La presse gabonaise l’a fait, la justice en a traité. Menacer ceux qui dénoncent ces pratiques, c’est ajouter l’intimidation à l’opacité. Le Gabon a besoin de vérité, pas de terreur verbale.
Je m’adresse aux autorités compétentes – Président de la République, Procureur, Ministère de la Justice, Ministère de l’Intérieur – afin que ces déclarations soient examinées à l’aune du Code pénal et de la Constitution. Car laisser prospérer la menace et le tribalisme, c’est fragiliser la paix sociale et trahir la mémoire des ancêtres qui ont bâti notre Nation.
Le Gabon n’a pas besoin de paroles de mort. Il a besoin de paroles de vérité, de justice et de dignité. Nos rites honorent la vie, régulent la société et préservent l’harmonie entre vivants et ancêtres. Ils ne sont ni instruments de peur ni justification de la violence.
Par Mk, auteur et acteur civil vigilant | OBSERVATOIRE CITOYEN DU GABON

Tout à fait
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