Enseigner au Gabon : " la prime de la honte" entre mépris institutionnel et injonction à la fidélité
La grève des enseignants révèle une fracture profonde entre les discours officiels et la réalité vécue par ceux qui portent l’école gabonaise. D’un côté, des éducateurs maintenus dans la précarité et humiliés par des rémunérations dérisoires ; de l’autre, des appels solennels à la loyauté absolue envers l’État.
Des carrières figées, des salaires amputés
Le cas d’une professeure de lycée, entamant sa 16ᵉ année sous statut de stagiaire, illustre une anomalie administrative devenue pratique courante. Les textes prévoient pourtant une titularisation dans un délai d’un à deux ans. Seize années de promesses sans suite et de précarité institutionnalisée.
Selon la grille du système de rémunération (2015), une régularisation entraînerait une hausse de 293 500 F CFA sur son salaire mensuel de base :
- Stagiaire A1 (indice 663) : 331 500 F CFA
- Titulaire A1 (indice 1250) : 625 000 F CFA
Sur seize ans, ce différentiel représente plus de 55 millions de francs CFA non perçus.
- Une institutrice a reçu 7 520 F CFA.
Les documents du Trésor public confirment la réalité des rémunérations versées aux correcteurs du baccalauréat :
- Un enseignant correcteur a perçu 3.600 F CFA.
- Un autre a été gratifié de 950 F CFA.
Ces montants, parfois inférieurs au prix d’un repas, traduisent une dévalorisation du travail intellectuel et une humiliation institutionnelle envers ceux qui garantissent la crédibilité des examens nationaux.
Le paradoxe du discours officiel
Face à cette indignité, la communication gouvernementale ajoute au contraste. Le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, déclarait récemment :
“À l’instar de Josué, guidant les siens vers la terre promise, je demande à chaque fonctionnaire de se ranger avec une fidélité de granit derrière le chef de l’État.”
Ce discours, empreint de solennité biblique, exige une loyauté sans faille. Mais comment demander une “fidélité de granit” à des enseignants que l’on paie à hauteur de 950 F CFA pour corriger le baccalauréat ? Comment invoquer la “terre promise” quand l’État refuse la titularisation et prive ses agents de dizaines de millions de francs CFA sur leur carrière ?
Une responsabilité politique et morale
Ce paradoxe illustre une fracture de confiance entre l’État et ses serviteurs. Les enseignants ne réclament pas des privilèges, mais le respect de leurs droits et la reconnaissance de leur rôle. La fidélité ne peut être exigée sans justice. La loyauté ne peut être invoquée sans dignité.
L’Observatoire Citoyen du Gabon considère que la situation des enseignants est un test de crédibilité pour l’État. Reconnaître leur travail, régulariser leurs carrières et revaloriser leurs rémunérations ne sont pas des faveurs, mais des obligations légales et morales.
Par Mk, auteur, acteur civil vigilant | OBSERVATOIRE CITOYEN DU GABON





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